Narnia est-il une allégorie ?

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Tolkien détestait l'allégorie et trouvait Narnia trop allégorique. Lewis, lui, s'en défendait. Qui avait raison ?

Tolkien détestait l'allégorie et trouvait Narnia trop allégorique. Lewis, lui, s'en défendait. Qui avait raison ?

  • Allégorie : correspondance terme à terme (Bunyan).
  • Lewis : « supposition » ; Tolkien : « applicabilité ».
  • Narnia se lit d'abord comme un conte.

Allégorie, de quoi parle-t-on ?

Dans une allégorie, chaque élément du récit représente une idée précise. Le Voyage du pèlerin de John Bunyan en est le grand modèle : le héros s'appelle Chrétien, il traverse le Bourbier du Découragement et rencontre Bonne-Volonté. Lewis connaissait le genre mieux que personne : il en avait fait l'histoire dans The Allegory of Love (1936) et en avait écrit une, Le Retour du pèlerin (1933).

Pourquoi Lewis refusait le mot

Pour Lewis, Narnia n'est pas une allégorie mais une « supposition ». Aslan ne représente pas le Christ, comme Désespoir représente le désespoir chez Bunyan. Il est ce que serait le Christ dans un autre monde. La différence est réelle : on peut lire Narnia sans rien savoir du christianisme, et l'histoire tient debout toute seule.

Pourquoi Tolkien n'était pas convaincu

Tolkien préférait parler d'« applicabilité » : un livre doit laisser le lecteur libre d'y trouver ses propres échos, sans que l'auteur les lui impose. Narnia lui semblait trop chargé d'intentions, et trop disparate avec son mélange de faunes, de Père Noël et de lions. Pourtant, les deux notions se rejoignent : chez Tolkien comme chez Lewis, c'est au lecteur de reconnaître, s'il le veut, une vérité derrière l'invention.

En pratique

Certains passages se prêtent à une lecture symbolique très claire, comme la Table de Pierre ou l'agneau du Bout du Monde. D'autres échappent à toute correspondance : que « représenterait » Puddlegum, ou le cheval Bree ? Narnia est d'abord un conte. On peut y voir un message, mais on n'est jamais obligé de le décoder.

Voir aussi

Ce qu'en disait blog.narnia.ch

  • article — articles/158-les-chroniques-de-narnia-basees-sur-l-allegorie.md — # Les Chroniques de Narnia, basées sur l'allégorie? *Marc Varidel — 2005-12-13* Etrangement, Tolkien, grand ami de C.S. Lewis, n’a pas apprécié les Chroniques de Narnia; elles étaient trop allégoriques pour lui, ce qu’il détestait au plus haut point. Cet article explore la notion du mot allégorique et les intentions de Lewis. Tolkien oppose à l’allégorie le terme « applicabilité », qu’il définit comme la liberté donnée au lecteur d’extraire d’une œuvre littéraire le sens qu’il y voit. Par l’allégorie, au contraire, l’auteur exerce une domination sur le lecteur ; il s’agit d’une relation un contre un, où chaque élément de la fiction représente un élément de la réalité, et un seul. Lewis, sensible à la critique de son ami Tolkien, s’est défendu d’avoir écrit les Chroniques sur le principe de l’allégorie. Pour C. S. Lewis l’allégorie s’oppose à la supposition (angl. supposal), au mythe ; dans ce dernier, le lecteur est plongé dans un univers imaginaire où il reconnaît, derrière l’invention, des caractéristiques de la réalité ; ainsi la tâche d’interpréter revient au lecteur, et je dirais que la notion d’ « applicabilité » établie par Tolkien et celle de « supposition » de Lewis se rejoignent pour une grande part. Pourquoi donc cette controverse autour des Chroniques ? Il faut dire que Lewis lui-même a parlé, dans une lettre de 1958, d’une association entre Aslan et Jésus-Christ : « Aslan est une invention qui donne une réponse imaginaire à la question : ‘A quoi Christ pourrait-il ressembler s’il y avait réellement un monde comme Narnia et qu’il choisissait d’y vivre, mourir et ressusciter comme il l’a effectivement fait dans le nôtre ?’ Tout ceci n’est pas de l’allégorie ». L’association Aslan–Christ n’est donc pas rigide pour Lewis, même s’il pilote partiellement le lecteur ; il a même dit qu’en rédigeant le premier épisode, L’Armoire magique, il ne savait pas encore comment Aslan agirait et souffrirait ; il voulait le laisser « se comporter à sa guise ». Le fait est que tout lecteur qui a une base d’instruction biblique pourra reconnaître derrière Aslan, ou d’autres personnages des Chroniques, quelques éléments de culture chrétienne. Mais il n’y a pas de correspondance systématique, pas plus qu’il n’y a d’allégorie dans le Seigneur des Anneaux ou de corrélation entre l’anneau et la bombe atomique (contrairement à ce que certains lecteurs ont voulu voir). Disons encore que C.S. Lewis sait de quoi il parle lorsqu’il affirme ne pas avoir écrit sur le principe d’une allégorie : il a écrit d’autres œuvres clairement allégoriques, comme The Pilgrim’s Regress, et il est l’auteur d’ouvrages de littérature utilisés dans les facultés de lettres. Laissons-nous donc emporter dans la féerie des Chroniques ; elles peuvent être lues comme un simple conte de fées ou donner matière à réflexion, tant il est vrai que toute lecture peut enrichir le lecteur qui s’y laisse prendre ! Combien plus lorsque l’auteur a voulu y intégrer un message ! Auteur: Marc Varidel Texte basé sur: * Colin Duriez, Au cœur de Narnia, Edition Raphaël, 2005 (chapitre 5) * C.S. Lewis & Narnia for Dummies (chapitre 6) — Marc Varidel — 2005-12-13

sources inspiration

  • https://en.wikipedia.org/wiki/Christian_themes_in_The_Chronicles_of_Narnia