De la boîte à biscuits au pays d'Aslan : la « Joie », le désir secret qui relie toute l'œuvre de Lewis

Un paysage nordique infini, pâle et froid, sous un ciel d'été arctique
Un paysage nordique infini, pâle et froid, sous un ciel d'été arctique
Le Nord immense
Des silhouettes de dos courent vers des montagnes lumineuses à l'aube
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Un jardin miniature dans un couvercle de boîte à biscuits, un conte de Beatrix Potter, un vers sur un dieu nordique mort : Lewis a passé sa vie à poursuivre un désir mystérieux qu'il appelait la « Joie ». Suivons-le, étape par étape, jusqu'au cri final de Narnia.

Un jardin miniature dans un couvercle de boîte à biscuits, un conte de Beatrix Potter, un vers sur un dieu nordique mort : Lewis a passé sa vie à poursuivre un désir mystérieux qu'il appelait la « Joie ». Suivons-le, étape par étape, jusqu'au cri final de Narnia.

  • La « Joie » (Joy) : un désir intense pour quelque chose d'inconnu, plus précieux que toute satisfaction.
  • Trois expériences d'enfance la révèlent à Lewis.
  • Elle le conduit de l'athéisme à la foi.
  • Narnia en est l'expression la plus pure : « plus haut et plus loin ».

Étape 0 : de quoi parle-t-on ?

Lewis emploie le mot avec une majuscule, dans un sens très précis. Ce n'est ni le bonheur ni le plaisir. C'est un pincement de désir, soudain, doux et douloureux à la fois, pour quelque chose qu'on ne sait pas nommer. Les Allemands ont un mot pour cela : Sehnsucht, la nostalgie d'un ailleurs. Lewis la définit comme « un désir inassouvi qui est lui-même plus désirable que n'importe quelle satisfaction ».

Étape 1 : trois éclairs d'enfance

Dans Surpris par la joie, Lewis raconte les trois premières fois :

  1. Le jardin miniature. Son frère Warnie fabrique, dans le couvercle d'une boîte à biscuits, un petit jardin de mousse et de fleurs. Le souvenir, des années plus tard, provoque chez Jack un désir inexplicable.
  2. L'automne de Beatrix Potter. En lisant Squirrel Nutkin, il est saisi par « l'idée de l'automne ».
  3. Balder le beau est mort. Adolescent, il lit par hasard un vers d'un poème suédois traduit par Longfellow et est emporté par une vision de « Nord » immense, froid et pâle.

Étape 2 : le Nord, la musique, MacDonald

Viennent ensuite les illustrations d'Arthur Rackham pour Siegfried et le Crépuscule des dieux de Wagner, la musique, les mythes nordiques (ceux qu'il partage avec Arthur Greeves), et en 1916 Phantastes de George MacDonald.

Étape 3 : les fausses pistes

Pendant des années, Lewis cherche la Joie dans l'objet qui l'a provoquée : il relit le livre, réécoute la musique, et la Joie ne revient pas. Il la cherche aussi dans l'occultisme, dans l'érotisme, dans la rêverie. Toujours en vain. Il comprend peu à peu que la Joie n'est pas un état à reproduire, mais un signe qui montre autre chose.

Étape 4 : un indice vers un autre monde

Après sa conversion, Lewis en tire un raisonnement : la faim prouve qu'il existe de la nourriture ; la soif, de l'eau. Si nous éprouvons un désir qu'aucune chose de ce monde ne peut combler, peut-être avons-nous été faits pour un autre monde. Ce n'est pas une preuve au sens mathématique, et il le savait ; c'est un indice, qu'il développe dans Le Poids de gloire (1941), dans la préface de la troisième édition du Retour du pèlerin (1943) et dans Les Fondements du christianisme.

Étape 5 : le panneau dans la forêt

À la fin de Surpris par la joie, Lewis écrit que la Joie a perdu pour lui presque tout intérêt depuis sa conversion. Non qu'elle ait disparu, mais elle n'était qu'un panneau indicateur dans la forêt : quand on a trouvé la route, on ne s'arrête plus devant chaque panneau.

Étape 6 : Narnia, une machine à donner la Joie

C'est peut-être la meilleure façon de comprendre les Chroniques : Lewis a voulu donner à ses lecteurs ces éclairs de Joie.

  • Le nom d'Aslan, prononcé pour la première fois, fait naître en chacun des enfants un sentiment étrange, comme au début des vacances ou au réveil d'un beau rêve.
  • Ripitchip, depuis son berceau, entend une chanson qui l'appelle vers l'Est, comme le John du Retour du pèlerin cherche son île.
  • Le cri final de La Dernière Bataille, « Plus haut et plus loin ! », est celui d'un désir qui trouve enfin ce qu'il cherchait : « Voilà ma vraie patrie ! J'y appartiens. C'est le pays que j'ai cherché toute ma vie. »

Étape 7 : une joie… et Joy

Ironie de l'histoire : la femme que Lewis épousera s'appelait Joy. Ses amis ne se privaient pas de dire qu'il avait été « surpris par Joy ».

Et pour nous ?

On n'a pas besoin de partager la foi de Lewis pour reconnaître l'expérience qu'il décrit : un paysage, une musique, une page qui éveillent la nostalgie d'un lieu où l'on n'est jamais allé. C'est sans doute pourquoi tant de lecteurs, en refermant Narnia, ont eu l'impression de quitter un pays qu'ils connaissaient déjà.

Voir aussi

sources inspiration

  • https://en.wikipedia.org/wiki/Sehnsucht
  • https://en.wikipedia.org/wiki/C._S._Lewis